LE MONDE | 01.10.04|
Les émissions consacrées à l'automobile font toujours recette
TF1 lance une nouvelle formule de son magazine "Auto-Moto", où plus de reportages seront consacrés aux produits, au détriment des événements sportifs.
À l'occasion du Mondial de l'automobile, qui se tient à Paris jusqu'au 10 octobre, une des émissions historiques de TF1 a fait peau neuve. "Auto-Moto", à l'antenne depuis 1975, a testé sa nouvelle formule, dimanche 26 septembre.
Mondial oblige, ce premier numéro rénové était un peu atypique.
Cependant, la nouvelle structure de l'émission, qui dure 42 minutes, était en place : une ouverture décalée en résonance avec l'actualité du cinéma et des jeux vidéo ; une séquence sportive, parlant ici de formule 1 ; enfin, un troisième temps consacré à la consommation, où les nouveautés du salon ont largement été évoquées.
"Nous avons décidé de modifier "Auto-Moto", après avoir redéfini "Téléfoot", affirme Eric Hannezo, directeur adjoint des sports de TF1. L'émission souffrait du même déficit d'image. Notre objectif est d'atteindre 30 % de part d'audience." La première édition de la nouvelle formule a donné satisfaction à TF1 : elle a totalisé 1 995 040 téléspectateurs, soit 35,9 % de part d'audience. A comparer au 1,3 million de téléspectateurs une semaine auparavant.
"Auto-Moto" sur TF1 comme le magazine "Turbo" sur M6 jouent un rôle particulier dans les grilles de ces deux chaînes commerciales. "Ces émissions sont stratégiques pour les chaînes vis-à-vis des constructeurs automobiles. Elles servent de référence. Or, le secteur automobile représente 8 % des investissements publicitaires à la télévision", analyse Régine Tournier, directrice du département télévision de l'agence média MPG. L'effet vitrine va donc au-delà des revenus publicitaires liés strictement aux émissions, même si ceux-ci ne sont pas à négliger. "Les marques automobiles se battent pour passer dans les écrans publicitaires de ces émissions, même si leur audience auprès des hommes de moins de 50 ans a tendance à s'éroder", ajoute Mme Tournier. M6 double la mise en diffusant deux fois "Turbo", le samedi soir et le dimanche matin.
"UN CHOIX ÉDITORIAL"
Ces émissions sont donc cruciales pour les chaînes. Pour s'adresser à un public plus large et plus jeune, le fond et la forme d'"Auto-Moto" ont été revus. Le montage est plus rapide, les séquences sont plus courtes. Surtout, la part du sport a rétréci au profit des rubriques où sont présentés les produits et les essais de véhicules. "Jusqu'à présent "Auto-Moto" s'adressait à l'amateur de sports, tourné vers la F1, les rallyes, la moto, précise Thomas Sénécal, qui présente l'émission depuis janvier. Nous souhaitons maintenant nous ouvrir aux automobilistes en général." "Le sport sera traité autrement. Pour que tout le monde puisse s'y intéresser, nous l'abordons avec des sportifs dont nous suivrons le parcours sous forme de feuilleton", affirme quant à lui M. Hannezo. Trois pilotes français ont été choisis, dont Franck Montagny, de l'écurie Renault de F1, et Sébastien Loeb, pilote de rallye de l'écurie Citroën. Un parfait équilibre entre les deux grands groupes français, mais considéré comme fortuit par les protagonistes de l'émission.
"La partie consommation est traitée sous la forme d'un journal télévisé", explique M. Sénécal. "Quant aux essais, il est temps de montrer autre chose que des reportages très carte postale, avec un journaliste au volant d'une voiture dans un paysage de rêve", affirme M. Hannezo
L'émission "Turbo", sur M6, a, elle, fait de ces reportages "carte postale" une marque de fabrique. Ce magazine, né avec la chaîne il y a dix-sept ans, revendique de 3 à 3,5 millions de téléspectateurs avec ses deux diffusions. Dès le départ, il a fait le choix de parler des produits et moins de l'aspect sportif. "C'est un magazine de passion, d'émotions. Je préfère montrer une Logan en Cappadoce que sur le périphérique. C'est un choix éditorial : nous faisons rêver les gens en les faisant voyager", déclare Dominique Chapatte, producteur et animateur de ce rendez-vous depuis sa création. Ces images idylliques sont tournées lors des voyages de presse organisés par les constructeurs.
Certains reportages sont-ils susceptibles de contrevenir au cahier des charges fixé par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) sur la publicité clandestine ? "Le responsable de la conformité de l'antenne regarde les reportages avant diffusion. Le paradoxe des épreuves sportives, c'est que les marques y sont tolérées. Sur les sujets de consommation, nous devons être vigilants et émettre une part de critique", souligne M. Hannezo. "Nous nous autorisons des critiques pour ne pas endormir les téléspectateurs", ajoute M. Chapatte.
Laurence Girard
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 01.10.04