christy a dit:
le site que tu as donné ne fonctionne pas. merci kan mm, g vérifié avant
il fonctionne ....... j'ai fait un copier coller pour toi :lol:
SYNTHESE DE DOCUMENTS
Vous ferez une synthèse concise, objective et ordonnée de ces documents relatifs au phénomène du snobisme. Puis, dans une conclusion personnelle, vous donnerez votre avis sur ce sujet.
Document 1 : ةmilien Carassus, Le Snobisme et les lettres françaises de Paul Bourget à Marcel Proust, 1884-1914, Armand Colin, 1996.
Document 2 : Marcel Proust, ہ l'ombre des jeunes filles en fleurs, Gallimard, colI. " Bibliothèque de la Pléiade ".
Document 3 : Boris Vian, " J'suis snob " ( 1954), Christian Bourgois, 1994.
Document 4 : Pierre Bourdieu, La Distinction, ةditions de Minuit, 1979.
Document 5 : Dessin de Nicolas Benthey, Le Livre des snobs du duc de Bedford, John duc de Bedford, 1965, édité par Peter Owen.
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DOCUMENT 1. Snobs et snobisme
Il en est de " snobisme ", comme de bien des termes usuels : ils traduisent une sorte d'impression générale, leur acception est confusé-ment ressentie, mais il est difficile de les définir avec précision. Le mot " snobisme " - et, bien entendu, plus simplement le mot " snob ", - est ainsi employé, avec une nuance volontiers péjorative, pour désigner des réalités sans doute liées les unes aux autres par une parenté vaguement entrevue, et cependant d'ordre très différent. On parle dans tel journal d'une réunion mondaine ; le Tout-Paris était là : personnages parés d'une étiquette nobiliaire plus ou moins légitime, célébrités de la scène ou de l'écran, peintres et gens de lettres, hommes politiques, ou hauts dignitaires de l'ةtat, diplomates étrangers. On dira volontiers que le " snobisme " préside à pareille réunion; mais où sont les snobs ? Parmi ces célébrités, heureuses d'être admirées ? Parmi les admirateurs, dont certains ont réalisé de véritables tours de force pour côtoyer les idoles ? Et, s'il s'agit des admirateurs, sont-ils fascinés par les titres, le prestige (les noms et des emplois, ou par le rayonnement intellectuel de tel artiste, de tel écrivain à la mode ? Mieux encore: peut-on vraiment par-ler d'admiration ; et n'est-ce pas tout simplement une satisfaction personnelle, égocentrique qui pousse à fréquenter ces gens, à être vu parmi eux ? Il se peut encore que les véritables " snobs " soient ceux qui, bou-dant cette réunion, ont refusé de se mêler à une foule insuffisamment triée à leurs yeux. Conscience d'une supériorité vraie ou imaginaire, qui peut isoler ou, au contraire, pousser à la réunion, admiration de carac-tère artistique, intellectuel ou social, satisfaction de se sentir à la mode, ou désir de paraître la devancer - voire la mépriser : autant de nuances de snobisme, auxquelles il faut en ajouter bien d'autres : car n'y a-t-il pas du snobisme aussi chez le lecteur et chez le rédacteur de l'article ? Ne trouvons-nous pas, à travers ces formes différentes du snobisme, des états psychologiques complexes, parfois opposés : assurance d'une supé-riorité, ou, au contraire, sentiment d'une infériorité que l'on souhaite masquer, désir " d'arriver " ou conscience " d'être arrivé ", souci exclusif de valeurs prétendues intellectuelles, ou considération uniquement accordée aux apparences sociales et mondaines ? Telle est la confusion en ce domaine. Le snob est aussi bien ce petit jeune homme hirsute qui applaudît avec une frénésie trop manifeste pour être sincère une pièce d'avant-garde boudée par le grand public, que ce monsieur décoré devant qui se multiplient les courbettes et qui vient assister à la pre-mière d'une pièce promise au succès ; il est aussi bien ce petit gandin qui cherche à placer un mot dans une conversation entre altesses que ce gentilhomme à monocle qui, d'un air ennuyé et condescendant, consent à lui adresser quelques paroles indifférentes.
Mais la fluidité même du mot assura son heureux développement. Quand " snob " commença à se répandre dans l'usage français, si quelques-uns déplorèrent qu'on eût recours à un nouvel anglicisme, beaucoup se réjouirent de trouver un terme qui convînt précisément à nombre de personnages, pour lesquels faisait défaut une étiquette commune. On s'empressa d'assurer que nous connaissions le phénomène, et que nous n'avions pas le mot. Ce fut une sorte de jeu que de trouver des snobs avant la lettre. " Snobs ", a dit Jules Lemaître, sont les Précieuses du XVIIème siècle et les fervents des règles. Faguet remarque que le bourgeois gentilhomme est un snob, de même que Géralde et peut-être Damis. " Si le mot est récent, la chose elle-même est de tous les temps ", assure-t-il. Que de personnages de notre littérature pouvait-on désormais classer sous cette appellation ! [...1
Il faut l'avouer, le mot est commode. Il se substitue à une foule de mots plus ou moins précis, et dont nous sentons bien qu'ils n'ont pas le même contenu, que leur acception est trop étroite ou trop large pour pouvoir désigner tous ces êtres qui figurent dans la galerie des snobs.
ةmilien Carassus, Le Snobisme et les lettres françaises de Paul Bourget à Marcel Proust, 1884-1914, Armand Colin, 1996.
DOCUMENT 2. La princesse de Luxembourg
Le narrateur, un jeune bourgeois, se promène sur la digue d'une plage normande, accompagné de sa grand-mère et d'une amie de celle-ci, la marquise de Villeparisis. Ayant fait la rencontre de la princesse de Luxembourg, le narrateur et sa grand-mère lui sont présentés par Mme de Villeparisis.
La princesse de Luxembourg nous avait tendu la main et, de temps en temps, tout en causant avec la marquise, elle se détournait pour poser de doux regards sur ma grand'mère et sur moi, avec cet embryon de baiser qu'on ajoute au sourire quand celui-ci s'adresse à un bébé avec sa nounou. Même, dans son désir de ne pas avoir l'air de sié-ger dans une sphère supérieure à la nôtre, elle avait sans doute mal cal-culé la distance, car, par une erreur de réglage, ses regards s'imprégnè-rent d'une telle bonté que je vis approcher le moment où elle nous flatterait de la main comme deux bêtes sympathiques qui eussent passé la tête vers elle, à travers un grillage, au Jardin d'Acclimatation. Aussitôt du reste cette idée d'animaux et de Bois de Boulogne prit plus de consistance pour moi. C'était l'heure où la digue est parcourue par des marchands ambulants et criards qui vendent des gâteaux, des bonbons, des petits pains. Ne sachant que faire pour nous témoigner sa bien-veillance, la princesse arrêta le premier qui passa; il n'avait plus qu'un pain de seigle, du genre de ceux qu'on jette aux canards. La princesse le prit et me dit: " C'est pour votre grand'mère. " Pourtant ce fut à moi qu'elle le tendit, en me disant avec un fin sourire: " Vous lui donnerez vous-même ", pensant qu'ainsi mon plaisir serait plus complet s'il n'y avait pas d'intermédiaires entre moi et les animaux. D'autres marchands s'approchèrent, elle remplit mes poches de tout ce qu'ils avaient, de paquets tout ficelés, de plaisirs, de babas et de sucres d'orge. Elle me dit : " Vous en mangerez et vous en ferez manger aussi à votre grand'mère " et elle fit payer les marchands par le petit nègre habillé de satin rouge qui la suivait partout et qui faisait l'émerveillement de la plage. Puis elle dit adieu à Mme de Villeparisis et nous tendit la main avec l'intention de nous traiter de la même manière que son amie, en intimes, et de se mettre à notre portée. Mais cette fois, elle plaça sans doute notre niveau un peu moins bas dans l'échelle des êtres, car son égalité avec nous fut signifiée par la princesse à ma grand'mère au moyen de ce tendre et maternel sourire qu'on adresse à un gamin quand on lui dit au revoir comme à une grande personne. Par un merveilleux progrès de révolution, ma grand'mère n'était plus un canard ou une antilope, mais déjà ce que Mme Swann eût appelé un " baby ".
Document 2 : Marcel Proust, ہ l'ombre des jeunes filles en fleurs, Gallimard, colI. " Bibliothèque de la Pléiade ".
DOCUMENT 3. " J'suis snob "
Refrain l
J'suis snob J'suis snob
C'est vraiment l'seul défaut que j'gobe
اa demande des mois d'turbin
C'est une vie de galérien
Mais lorsque je suis à son bras
J'suis fier du résultat
J'suis snob... J'suis snob
Tous mes amis le sont, on est snobs et c'est bon
Couplet 1
Chemises d'organdi, chaussures de zébu
Cravate d'Italie et méchant complet vermoulu
Un rubis au doigt... de pied, pas çui-là
Les ongles tout noirs et un très joli p'tit mouchoir
J'vais au cinéma voir les films suédois
Et j'entre au bistro pour boire du whisky à gogo
J'ai pas mal au foie, personne fait plus ça
J'ai un ulcère, c'est moins banal et plus cher
Refrain 2
J'suis snob... J'suis snob
J'm'appelle Patrick, mais on dit Bob
Je prends des places à l'Opéra
Pour chaque soir, mais j'y vais pas
Je ne fréquente que des baronnes
Au nom comme des trombones
J'suis snob... J'suis snob
Et quand je fais l'amour, c'est à poil dans la cour
Couplet 2
On se réunit avec les amis
Tous les mercredis, pour faire des snobisme-parties
Il y a du Coca, on déteste ça
Et du camembert qu'on mange à la petite cuiller
Mon appartement est vraiment charmant
J'me chauffe au diamant, on n'peut rien rêver d'plus fumant;
J'avais la télé, mais ça m'ennuyait
Je l'ai r'tournée... d'l'aut'côté c'est passionnant
Refrain 3
J'suis snob... J'suis snob
J'ai une foudroyante garde-robe
J'ai des accidents en Jaguar
Je passe le mois d'août au plumard
C'est dans les p'tits détails comme ça
Que l'on est snob ou pas
J'suis snob... J'suis snob
Et quand je serai mort, j'veux un suaire de chez Dior !
Boris Vian, " J'suis snob " ( 1954), Christian Bourgois, 1994.
DOCUMENT 4. Snobisme et distinction
Les goûts obéissent ainsi à une sorte de loi d'Engel généralisée : à chaque niveau de la distribution, ce qui est rare et constitue un axe inac-cessible ou une fantaisie absurde pour les occupants du niveau antérieur devient banal ou commun, et se trouve relégué dans l'ordre de ce qui va de soi par l'apparition de nouvelles consommations, plus rares et plus distinctives ; cela, encore une fois, en dehors même de toute recherche intentionnelle de la rareté distinctive et distinguée. Le sens du placement qui conduit à abandonner les objets, les lieux, les pratiques démodés, ou plus simplement dévalués, pour se porter vers des objets toujours nouveaux, par cette sorte de fuite en avant, en avance, en avant-garde qui définit le snobisme et qui s'applique à tous les terrains, le sport comme la cuisine, les lieux de vacances comme les restaurants, se guide sur mille indices et indications différents, depuis les mises en garde expresses ( " Saint- Tropez -ou le buffet de la gare de Lyon ou n'importe quel autre lieu - est devenu impossible " ) jusqu'aux rappels à peine conscients qui, comme l'expérience de la divulgation ou de l'encombrement, inclinent insidieusement à l'horreur ou au dégoût des objets ou des pratiques devenus communs (ce n'est pas par hasard que les goûts en peinture ou en musique suivent si souvent des itinéraires qui, aux retours et aux réhabilitations près, reproduisent l'histoire dans la biographie). La recherche de la distinction n'a donc pas besoin de s'apparaître et de s'affirmer comme telle, et toutes les intolérances -au bruit, aux contacts, etc. -qu'inculque une éducation bourgeoise suffi-sent le plus souvent à déterminer les changements de terrain ou d'objet qui, dans le travail comme dans le loisir, orientent vers les objets, les lieux, les pratiques les plus rares à un moment donné du temps. Ceux que l'on tient pour distingués ont le privilège de n'avoir pas à s'inquiéter de leur distinction : ils peuvent se fier pour cela aux mécanismes objec-tifs qui leur assurent les propriétés distinctives et à leur " sens de la dis-tinction qui les éloigne de tout ce qui est " commun ". Là où la petite bourgeoisie ou la bourgeoisie de fraîche date " en fait trop ", trahissant ainsi son insécurité, la distinction bourgeoise se marque par une sorte d'ostentation de la discrétion, de la sobriété et de l'understatement, un refus de tout ce qui est " tape-à-l'œil ", " m'as-tu-vu " et " prétentieux ", et qui se dévalorise par l'intention même de distinction, une des formes les plus abhorrées du " vulgaire ", en tout opposé à l'élégance et à la dis-tinction que l'on dit naturelles, élégance sans recherche de l'élégance, distinction sans intention de distinction.
Pierre Bourdieu, La Distinction, ةditions de Minuit, 1979.