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Beaux textes

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Tristesse

J'ai perdu ma force et ma vie,
Et mes amis et ma gaieté;
J'ai perdu jusqu'à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.

Quand j'ai connu la Vérité,
J'ai cru que c'était une amie ;
Quand je l'ai comprise et sentie,
J'en étais déjà dégoûté.

Et pourtant elle est éternelle,
Et ceux qui se sont passés d'elle
Ici-bas ont tout ignoré.

Dieu parle, il faut qu'on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde
Est d'avoir quelquefois pleuré.

Alfred de Musset
 
Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
Il n'y a pas d'amour heureux

Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés pour un autre destin
A quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qu'on retrouve au soir désoeuvrés incertains
Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes
Il n'y a pas d'amour heureux

Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
Il n'y a pas d'amour heureux

Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n'y a pas d'amour heureux

Il n'y a pas d'amour qui ne soit à douleur
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri
Et pas plus que de toi l'amour de la patrie
Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs
Il n'y a pas d'amour heureux
Mais c'est notre amour à tous les deux

Louis Aragon
 
J'ai bien trop vecu dans ce triste monde noir
Ce soir j'ai decidé d'abréger mes souffrances
Je veux voir du rouge couler dans ma baignoire
Ce soir sera enfin ma seule delivrance

Je prend mon couteau, d un geste tranche mes veines
Je suis soulagée d enfin quitter mon malheur
Avec mon sang, j ecris enfin &quot;je t aime&quot;
mon sang coule sans que je sente la douleur

mon bain prend très vite la couleur rouge sang
je sens enfin peu à peu mes forces me quitter
je vais te rejoindre, je t'aime tellement

je veux enfin mourrir dans l'ombre du passé
mais je ne peux plus rien faire, il est bien trop tard
ça y est, mon sang coule dans cette baignoire...
 
Ballade des Dames du temps jadis

Dites-moi où, n'en quel pays,
Est Flora la belle Romaine,
Archipiades, ne Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine,
Echo, parlant quant bruit on mène
Dessus rivière ou sur étang,
Qui beauté eut trop plus qu'humaine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

Où est la très sage Héloïs,
Pour qui fut châtré et puis moine
Pierre Esbaillart à Saint-Denis ?
Pour son amour eut cette essoine.
Semblablement, où est la roine
Qui commanda que Buridan
Fût jeté en un sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

La roine Blanche comme un lis
Qui chantait à voix de sirène,
Berthe au grand pied, Bietrix, Aliz,
Haramburgis qui tint le Maine,
Et Jeanne, la bonne Lorraine
Qu'Anglais brûlèrent à Rouen ;
Où sont-ils, où, Vierge souvraine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

Prince, n'enquerrez de semaine
Où elles sont, ni de cet an,
Que ce refrain ne vous remaine :
Mais où sont les neiges d'antan ?

François Villon
 
REBELLE ET TAIS-TOI

Le nouveau rebelle est très facile à identifier : c’est celui qui dit oui. Oui aux initiatives qui vont dans le bon sens, aux marchés bio, au tramway nommé désert, aux haltes-garderies, au camp du progrès, aux quartiers qui avancent. Oui à tout.

Sauf à la France d’en bas, bien sûr, et aux ploucs qui n’ont pas encore compris que la justice sociale ne débouche plus sur la révolution mais sur un séjour d’une semaine à Barcelone défiant toute concurrence.

Par opposition à son ancêtre le rebelle-de-Mai, ou rebellâtre, on l’appellera rebelle à roulettes. Car la glisse, pour lui, est une idée neuve en Europe. Le rebelle-de-Mai est d’ailleurs mal en point, par les temps qui courent. Ce factieux assermenté, qui riait de se voir éternellement rebelle en ce miroir, ce spécialiste libertaire des expéditions plumitives sans risques, écume de rage depuis qu’on s’est mis à l’accuser de complicité avec les « pédocriminels ».

Le rebelle à roulettes, en revanche, a le vent dans les voiles et vapeurs. C’est un héros positif et lisse, un brave qui défie à vélo les intempéries. Il est prêt à descendre dans la rue pour exiger une multiplication significative des crèches dans les centres-villes (le rebelle à roulettes est très souvent un jeune ménage avec enfants). Il aime la transparence, les objets équitables et les cadeaux altruistes que l’on trouve dans les boutiques éthiques. Il applaudit chaque fois que l’on ouvre une nouvelle brèche législative dans la forteresse du patriarcat. Il s’est débarrassé de l’ancienne vision cafardeuse et médiévale du couple (la différence sexuelle est quelque chose qui doit être dépassé). Il veut que ça avance. Que ça avance. Que ça avance. Et que ça avance.

Et ce n’est vraiment pas à son intention que Bernanos écrivait, peu après la dernière guerre : « Ce monde se croit en mouvement parce qu’il se fait du mouvement l’idée la plus matérielle. Un monde en mouvement est un monde qui grimpe la pente, et non pas un monde qui la dégringole. Si vite qu’on dégringole une pente, on ne fait jamais que se précipiter, rien de plus. »
[...]
Et en effet, il n’y a plus qu’un désordre, plus qu’une anarchie : ne pas être en phase avec l’idéologie du rebelle à roulettes.

Exorcismes spirituels III. Philippe Muray

Une merveille
 
Nul ne sait ce qui nous attend
Derrière le rideau mortuaire
Peut-être le paradis ou l’enfer
Alors on prépare nos testaments
Pour tout laisser à notre prochain
Notre argent, nos dettes, nos biens
Moi j’ai hâte de passer de l’autre côté
Pour enfin goûter à la liberté
Je ne veux pas attendre quarante ans
D’avoir élevé mes enfants
Non, ma mort est proche je le sens
Je peux encore attendre le moment
Ou je n’aurais plus rien ici
Plus de sensations, plus d’envies
Plus d’amour, plus d’amis
Quand je n’aurais plus d’inspiration
Quand tout le monde me dira que je suis un morpion
Alors je m’en irai la tête haute
Conscient de mes fautes
La tête vide sans problèmes
Mes cahiers remplis de poèmes …
 
Eloge de l'autre

Celui qui marche d'un pas lent dans la rue de l'exil
C'est toi
C'est moi
Regarde-le bien, ce n'est qu'un homme
Qu'importe le temps, la ressemblance, le sourire au bout
des larmes
l'étranger a toujours un cile froissé au fond des yeux
Aucun arbre arraché
Ne donne l'ombre qu'il faut
Ni le fruit qu'on attends
La solitude n'est pas un métier
Ni un déjeuner sur l'hernbe
Une coquetterie de bohémiens
Demander l'asile est une offense
Une blessure avalée avec l'espoire qu'un jour
On s'étonnera d'être heureux ici ou là-bas.

Tahar Ben Jelloun
 
Ô doux regards, ô yeux pleins de beauté,
Petits jardins pleins de fleurs amoureuses
Où sont d'Amour les flèches dangereuses,
Tant à vous voir mon oeil s'est arrêté !

Ô coeur félon, ô rude cruauté,
Tant tu me tiens de façons rigoureuses,
Tant j'ai coulé de larmes langoureuses,
Sentant l'ardeur de mon coeur tourmenté !

Doncques, mes yeux, tant de plaisir avez,
Tant de bons tours par ces yeux recevez ;
Mais toi, mon coeur, plus les vois s'y complaire.

Plus tu languis, plus en as de souci,
Or devinez si je suis aise aussi,
Sentant mon oeil être à mon coeur contraire.

Louise Labé
 
Tant que mes yeux pourront larmes épandre
A l'heur passé avec toi regretter,
Et qu'aux sanglots et soupirs résister
Pourra ma voix, et un peu faire entendre ;

Tant que ma main pourra les cordes tendre
Du mignard luth, pour tes grâces chanter ;
Tant que l'esprit se voudra contenter
De ne vouloir rien fors que toi comprendre,

Je ne souhaite encore point mourir.
Mais, quand mes yeux je sentirai tarir,
Ma voix cassée, et ma main impuissante,

Et mon esprit en ce mortel séjour
Ne pouvant plus montrer signe d'amante,
Prierai la mort noircir mon plus clair jour.

Louise Labé
 
Vous avez un regard singulier et charmant ;
Comme la lune au fond du lac qui la reflète,
Votre prunelle, où brille une humide paillette,
Au coin de vos doux yeux roule languissamment ;

Ils semblent avoir pris ses feux au diamant ;
Ils sont de plus belle eau qu'une perle parfaite,
Et vos grands cils émus, de leur aile inquiète,
Ne voilent qu'à demi leur vif rayonnement.

Mille petits amours, à leur miroir de flamme,
Se viennent regarder et s'y trouvent plus beaux,
Et les désirs y vont rallumer leurs flambeaux.

Ils sont si transparents, qu'ils laissent voir votre âme,
Comme une fleur céleste au calice idéal
Que l'on apercevrait à travers un cristal.

Théophile Gauthier

Je m'arrête là pour ce soir :biggrin: :cool:
 
Le Maître réunit un soir ses disciples et leur demanda d'allumer un grand feu autour duquel ils pourraient s'asseoir et bavarder
« Le chemin spirituel est à l'image du feu qui brûle devant nous, dit-il. L'homme désireux de l'allumer doit s'accommoder des désagréments de la fumée qui nous fait suffoquer et monter les larmes aux yeux. La reconquête de la foi passe par là. Mais une fois que le feu crépite la fumée disparaît et les flammes illuminent tout, autour de nous, apportant la chaleur et la paix ».

tiré du livre Mektoub de paolo coelho livre plein de :wub et qui nous laisse reflechir sur ce que nous faisant sur cette planète :pascompris;
 
La tristesse

L'âme triste est pareille
Au doux ciel de la nuit,
Quand l'astre qui sommeille
De la voûte vermeille
A fait tomber le bruit ;
Plus pure et plus sonore
On y voit sur ses pas
Mille étoiles éclore
Qu'à l'éclatante aurore
On n'y soupçonnait pas !

Des îles de lumière
Plus brillante qu'ici
Et des mondes derrière,
Et des flots de poussière
Qui sont &quot; mondes aussi &quot;
On entend dans l'espace
Des choeurs mystérieux
Ou du ciel qui rend grâce,
Ou d'un ange qui passe
Ou de l'homme pieux

Et pures étincelles
De nos âmes en feu,
Les prières immortelles
Sur leur brûlantes ailes
Nous soulèvent un peu ! Tristesse qui m' inonde
Coule donc de mes yeux
Comme une onde féconde :
Il faut que l'homme pleure
Il faut que l'homme meure.

Alphonse de Lamartine (1790 - 1869)
 
Poème placé en exergue de Si c'est un homme (Primo Levi)

Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c'est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui ou pour un non.
Considérez si c'est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu'à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N'oubliez pas que cela fut,
Non, ne l'oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur,
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ;
Répétez-les à vos enfants,
Ou que votre maison s'écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous.
 
C'est un poème qui me parle...

Je me trompe, ou il évoque la maladie d'Alzheimer et les malades qu'on finit par ne plus aller voir, tellement leur présente absence nous fait du mal ? (ça fait une éternité que je ne suis pas allée voir ma grand-mère, d'ailleurs... )
 
Autant pour moi ! :wink2:

Ca n'a même pas tilté avec le &quot;Si c'est un homme&quot; alors que j'en ai pourtant entendu parler à un moment donné... via les fans de Mylène Farmer, j'avoue, car elle a une chanson qui s'intitule aussi &quot;Si c'est un homme&quot; &quot;Souviens-toi du jour&quot; (et qui répète souvent &quot;si c'est un homme&quot;) et qui doit faire référence à ce livre. :wink2:

clip : http://www.youtube.com/watch?v=UREFl5TtqGI

Merci de nous l'avoir fait partager, en tout cas :smile:
 
De rien ! Ce livre franchement doit être (selon moi bien entendu, ce n'est qu'un avis) remis entre toutes les mains et lu surtout !!!
 
Le problème qui se pose, à mon humble avis, c'est qu'on nous a tellement répété les atrocités de la guerre qu'on a fini par saturer... perso j'en ai entendu parler toute mon enfance, un grand-père était résistant, l'autre a été déporté du côté de Gdansk alias Danzig pour travaux forcés... et je peux t'assurer que j'ai regardé également beaucoup de reportages sur ces atrocités... mais j'arrive à un stade où je ne peux plus... par contre, je m'intéresse à ce dont on a moins entendu parler : la guerre d'Espagne, le franquisme... qui était aussi pas mal dans le genre ! :wink2:
 
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