Etudiants, je vous comprends, et je vous propose un extrait de mon pamphlet : Putain de Bac
Vincent avait passé des vacances emmerdantes. Sa Playstation et sa bite furent les deux instruments indispensables de ces deux mois. La première lui permit de remplir ses journées, la seconde de remplir ses chaussettes. Il se masturbait trois à quatre fois par jour, c’était proportionnellement plus que le nombre de victoires qu’il remportait à son jeu de combat.
Les parents de Vincent étaient partis en vacance dans le Sud. Avant de le laisser seul, ils avaient bien sûr insisté pour qu’il les accompagne. Mais Vincent était resté catégorique. Il se trouvait trop âgé pour les accompagner. Il ne supportait plus le rythme stressant qu’ils lui imposaient. Devoir se lever, devoir se dépêcher, devoir manger, devoir marcher, devoir prendre des photos, devoir, devoir, Devoir. Tout ça l’exaspérait. Et une chose l’exaspérait plus encore, c’était d’avoir à croiser chaque soir des pisseuses qui gloussaient entre elles de le surprendre derrière le jupon de maman. De même, il ne désirait plus devoir s’absenter suspicieusement de la plage pour aller se masturber sur les nymphes dans sa chambre d’hôtel. Ce qu’il désirait cette fois ci, c’était pouvoir expérimenter la liberté vraie durant deux mois. Et il en eut l’occasion. Il ne fit rien du tout.
Le seul évènement qui se produisit fut celui d’un mercredi. Alors qu’il rentrait de chez un ami, il croisa sa voisine. Ils discutèrent un moment puis elle lui proposa de venir manger chez elle dans la soirée, s’il le souhaitait. Chantale était quadragénaire et toujours célibataire. Son corps tenait encore bien la route, malgré des seins légèrement flasques et un visage relâché. Vincent accepta l’invitation avec plaisir. Il avait déjà beaucoup fantasmé sur Chantale. Il espérait qu’elle boive suffisamment pour qu’elle lui propose un plan. Mais Chantale ne bu que de l’eau et le seul plan qu’elle lui proposa, ce fut de rentrer chez lui avant minuit. Elle travaillait tôt le lendemain et ne voulait pas être fatiguée. Alors Vincent rentra chez lui. Mais à peine eut-il passé la porte qu’il se précipita dans sa chambre pour réécrire l’Histoire. Il baissa son pantalon, prit sa chaussette, et fit ce qu’il semblait encore faire de mieux. Désormais, le lecteur pourra en convenir : Vincent était un sacré branleur.
Allongé sur son lit, bras croisés derrière la tête, il écoutait un peu de musique. Il pensait à la journée de demain, sa première journée de lycée. C’était un endroit qui symbolisait beaucoup pour lui. Il rêvait de pouvoir y entrer depuis un moment déjà. Ce serait, il le savait, enfin l’occasion de découvrir des têtes nouvelles au sein du paysage étudiant. Un ami lui avait même confié qu’il suffisait de passer les portes du lycée pour sentir planer l’odeur du sexe. Il était donc persuadé qu’il allait vivre une étape évolutive durant ces trois ans.
Et puis, il y avait Marie, cette sirène brune aux traits fins, à l’odeur envoutante, dont les yeux verts étaient d’une profondeur telle que celui qui les regardait était destiné à s’y noyer.
Il avait suffit d’une bousculade avec elle dans un couloir du collège pour l’ensorceler. En guise de pardon, elle n’a pourtant fait que de lui sourire. Mais les sourires du cœur ne laisse jamais indifférent. Tristement, Vincent n’était pas le seul sur qui la magie angélique de Marie fonctionnait. Elle devint rapidement la cible privilégiée des collégiens. Tous les mecs voulaient lui mettre, mais lui était différent, il voulait lui mettre deux fois.
Il était rare de la voir célibataire, et lorsqu’il lui arrivait de l’être, la période entre deux amants était toujours trop courte pour que Vincent ait le temps de trouver ses couilles. A n’en pas douter, elle disposait de plus d’expérience que lui, ce qui n’était pas difficile quand on avait jamais embrassé de fille. Marie avait seulement un an de plus que lui, elle était donc déjà au lycée. Un an qu’il ne l’avait pas vu, un an déjà…
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La Volonté, poussée aveugle et irrésistible, s’objective dans la matière, réunion de l’espace et du temps tissée par la causalité, pour former le monde en tant que représentation, monde au sein duquel la Volonté se manifeste sous la forme du Vouloir Vivre. De la naît la vision absurde où si la Volonté veut phénoménalement vivre, elle ne veut métaphysiquement rien.
Davis paraissait exténué. Des cernes s’étendaient de jours en jours sur son visage. Il ne dormait quasiment plus, ne faisait plus rien, et enchaînait cigarette sur cigarette. A n’en pas douter, c’était le prix à payer pour avoir compris la contingence d’un monde qui s’en fout. Pendant deux mois, il avait cherché des réponses. Il les avait finalement trouvés. Il n’y en avait aucune. Ce fut sa plus grande découverte. Sa chambre était en bordel. Des livres étaient dispersés sur son bureau et de nombreuses feuilles de papiers gisaient au sol.
Ce qui était absurde, c’était de chercher à expliquer ce qui n’avait par essence pas d’explication. La réponse au Pourquoi se trouvait au-delà de la causalité, et donc au-delà même du principe de raison. Il fallait en tirer les conséquences : La nature ne vise rien du tout. Elle n’est pas finaliste mais mécanique, elle ne s’inscrit pas dans la durée bien qu’elle nous le fasse croire. Elle répètera sous des formes nouvelles, et ce dans le but de mieux nous tromper, ce qui a toujours été. Pour résumer, la nature se fout de notre gueule.
Davis a raté le Bac. Lui qu’on disait si certain de l’avoir avec une mention l’a raté de deux points lors du rattrapage. C’était un exercice portant sur les probabilités mathématiques, un exercice pourtant réputé facile. Une semaine après, c’était sa copine qui l’avait plaqué. Elle était tombée amoureuse d’un dénommé Thomas qu’elle s’était d’ailleurs empressé de rejoindre sitôt que Davis eut terminé ses examens. Elle ne voulait pas partir avant de peur de le déstabiliser juste avant ses épreuves. C’est que bien que libertine, elle voulait encore disposer d’une conscience morale. Seulement Davis n’était pas dupe. Il s’apercevait bien que quelque chose clochait. Elle n’arrêtait pas de se détourner dès qu’il tentait de l’embrasser. Lorsqu’il lui demandait ce qui n’allait pas, elle ne répondait pas, prétextant seulement son manque d’envie. Davis s’est vite aperçu qu’à défaut d’être réellement vertueuse, elle aurait au moins pu être bonne actrice.
L’amour est une ruse de l’Espèce. De toutes les illusions possibles d’expérimenter, celle-ci est sans aucun doute la pire. Elle abuse sournoisement les amants par la croyance que leur quête d’Amour est leur affaire personnelle essentielle tandis qu’elle se révèle, dans l’accomplissement sexuel, n’être que l’affaire de l’Espèce. Les Hommes sont utilisés, et peu importe ce qui adviendra d’eux, pour servir les intérêts inutiles de Dame Nature, Mère des Putains. Davis était bien décidé à ne plus obéir à cette capricieuse.
Il s’approcha de la fenêtre et l’ouvrit d’un revers de main. L’air chaud envahit sa chambre et fit virevolter les feuilles au sol. Sa porte, entre ouverte, claqua furtivement. Il grilla la dernière cigarette de son dernier paquet avec un sourire aux lèvres. Tout allait pourtant changer cette année. Il en était convaincu, tout allait pourtant changer !
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Romain ne savait pas ce qu’il voulait faire plus tard. Ses parents lui avait dit et répété qu’il aurait le temps d’y songer lorsque le moment serait venu. Disposant de la crédulité innée à l’Homme de tenir pour vrai ce qui est affirmé d’une figure autoritaire, il se mit à attendre. Lorsqu’il dut subitement choisir le Bac qu’il devrait passer dans deux ans, il se rendit finalement compte qu’il n’en savait rien.
Il était décidé que les bons éléments devaient intégrer la section scientifique, même s’ils se branlaient de savoir qui avait été Newton, Lavoisier ou Kepler. Les filles qui n’étaient pas suffisamment bonne en cours – mais qui restaient bonne du reste – devaient intégrer la filière littéraire où elles apprendraient rigoureusement à manier les concepts clés, à s’éveiller à la réflexion philosophique, et à séduire par la rhétorique. Ceux qui choisissaient la voie économique se situaient dans cet entre deux, où trop mauvais pour étudier les sciences et pas assez gay pour baigner dans cet univers féminin.
Comme Romain devait tout de même retenir un choix, il décida alors de se fier à ses notes. Il se débrouillait pas mal dans les langues étrangères, bien qu’il ne les parlait presque jamais à l’oral. Les mathématiques ne lui faisaient pas peur bien qu’il ne comprenait pas l’intérêt de dériver des fonctions. Quant au français, son style rédactionnel était apprécié de ses professeurs. Romain était bon partout, pas excellent certes, mais bon. Et cela ne facilitait pas son choix. C’est alors sans réelle détermination qu’il choisit d’entrer en section Littéraire. Sa motivation, si peu que l’on soit tenté d’en rendre compte, ne pouvait pas se fonder sur le prestige du Bac, il aurait autrement opté pour la filière scientifique. Ce n’était pas non plus relatif à son avenir, sans quoi il n’aurait pas basculé dans une filière sans débouchée. La raison de son choix reposait sur le côté pile d’une pièce. L’envol d’une stupide pièce lui laissait encore la possibilité de deux destins, sa chute suffit à en éliminer un. Ce n’était pas la première fois qu’il agissait ainsi pour prendre des décisions. Une décision légère provoquait souvent des conséquences d’une gravité bien supérieure à la légèreté des conséquences d’une décision grave.
Il se servit des carottes râpées lorsque son père prit la parole : « Alors Romain, prêt pour la rentrée ? ». La bouche pleine, il ne fit qu’un signe de tête pour acquiescer. Pourtant, Romain n’était pas prêt du tout. Comment être prêt pour se lever à six heures chaque matin et rester clouer sur une chaise jusqu’à dix huit heures. Certes, il allait retrouver ses amis, mais ce plaisir ne pesait pas lourd sur la balance du temps.