Les sauveteurs tentaient lundi de venir en aide aux rescapés et retrouver les milliers de disparus des raz de marée en Asie, dont le bilan dépassait les 23.000 morts, mais, des Maldives aux plages de Phuket, seuls les corps de nouvelles victimes émergeaient des côtes dévastées.
Ce bilan pourrait s'alourdir dramatiquement car 30.000 personnes sont portées disparues dans les îles Andaman et Nicobar, selon une source officielle.
Un responsable des questions humanitaires de l'Onu a affirmé lundi que les raz-de-marée en Asie avaient causé "des milliards de dollars" de dégâts et qu'ils vont nécessiter la "plus grande opération" d'aide humanitaire de l'histoire des Nations unies.
"Le coût des destructions se chiffrera en milliards de dollars. Ce sera probablement beaucoup de milliards de dollars", a indiqué Jan Egeland, secrétaire général adjoint chargé des questions humanitaires au cours d'une conférence de presse au siège de l'Onu à New York.
Plusieurs pays étrangers ont commencé à envoyer des avions chargés de vivres, de médicaments et des équipes de secours dans la vaste région dévastée, dimanche, par des vagues géantes propulsées à travers l'océan Indien par un puissant séisme au large de l'Indonésie.
Dans le même temps, les pays européens rapatriaient par avions des milliers de leurs vacanciers venus passer les fêtes de fin d'année dans les paradis touristiques des Maldives, du Sri Lanka, de Phuket ou de Phi Phi, en Thaïlande, submergés en quelques secondes par des murs d'eau.
Plus d'une trentaine de vacanciers étrangers ont été tués, dont onze Italiens, onze Britanniques, trois Américains et trois Français, selon des bilans provisoires. Des centaines d'autres étaient portés disparus, ou n'avaient pas pu être contactés et recensés en raison du chaos régnant dans certaines régions.
Le pays le plus touché, le Sri Lanka comptait lundi à la mi-journée près de 11.000 morts, dont 70 étrangers et 250.000 déplacés.
En Inde, plus de 6.800 morts étaient recensés, dont 3.000 dans l'Etat du Tamil Nadu.
Le président A.P.J. Abdul Kalam a évoqué une "tragédie nationale" et a appelé le milliard d'Indiens au calme.
L'Indonésie a enregistré plus de 4.700 victimes dans le nord de l'île de Sumatra. En Thaïlande, où la saison touristique battait son plein, plus de 1.000 personnes ont été tuées, dont des touristes, et 1.200 étaient portées disparues.
Un secouriste thaïlandais a estimé que 300 personnes, dont de nombreux étrangers, pourraient avoir été tuées dans l'île de Phi Phi, paradis des routards et des plongeurs, qui a été entièrement dévastée.
La Birmanie a aussi fait état d'au moins 56 morts, la Malaisie de 51, les Maldives de 43.
Sur des milliers de kilomètres de côtes, les mêmes scènes de désolation et de désespoir se répétaient.
"Mon mari est mort. Je vous en supplie. Aidez-moi, je ne sais pas quoi faire", implorait une touriste allemande à Phuket. Plus de 30 cadavres, gonflés, étaient allongés par terre: des enfants, des vieillards, des touristes juste vêtus d'un maillot de bain. D'autres corps continuaient d'arriver.
Dans le sud du Sri Lanka, des corps d'hommes, de femmes, d'enfants restaient accrochés dans les arbres. D'autres jonchaient le rivage.
En Inde, à Cuddalore, l'un des villages les plus touchés du Tamil Nadu, les rescapés creusaient des fosses à même le sable pour enterrer les cadavres. Des parents s'effondraient, dévastés par la perte d'un enfant. L'odeur de la mort flottait loin à l'intérieur des terres.
A Banda Aceh, dans le nord de l'île indonésienne de Sumatra, des centaines de corps étaient alignés dans l'attente d'être identifiés.
Face à l'ampleur de la tragédie, plusieurs pays ont décrété l'état d'urgence pour faciliter le recours à l'armée et appelé à l'aide internationale.
Mais les secours peinaient à s'organiser. La tache était en outre compliquée par les difficultés rencontrées pour atteindre des régions reculées, comme en Inde, aux Maldives, à Sumatra, ou par le fait que des zones sinistrées sont sous le contrôle de rébellions armées.
A Aceh, l'armée indonésienne a appelé les rebelles à un cessez-le-feu pour acheminer les secours. Au Sri Lanka, une partie du nord et de l'est du pays sont sous le contrôle des Tigres tamouls.
"C'est une tâche gigantesque pour nous", a dit le chef de la police au Sri Lanka, Chandra Fernando. "Nous n'avons jamais connu une pareille tragédie".
Ce pays a engagé une opération massive de l'armée et de la police, aidées par plus de 20.000 volontaires. Des renforts ont été envoyés vers le sud et l'est pour dégager les routes, afin de faire passer les secours, et évacuer des hôpitaux les corps qui s'y entassent.
La police a aussi imposé un couvre-feu dans de nombreuses zones pour empêcher les pillages.
"Nous ne sommes pas équipés pour faire face à ce type de catastrophe", a reconnu Lalith Weeratunga, collaborateur du Premier ministre Mahina Rajpakse.
De même, l'Indonésie semblait souffrir d'"un véritable problème de coordination interministérielle", selon un diplomate occidental, qui a parlé sous couvert de l'anonymat.
Selon la Croix-Rouge à Genève, la catastrophe a fait plus d'un million de personnes déplacées et sans abri, qui risquent, désormais, d'être victimes de maladies véhiculées par l'eau, en particulier la malaria et la diarrhée.
Pour parer au plus pressé, les Nations unies devraient concentrer leurs efforts sur les pays les plus touchés, comme le Sri Lanka, où des experts onusiens étaient attendus de façon imminente afin d'évaluer les besoins.
"Il se pourrait bien que cela devienne l'une des plus grosses opérations jamais engagées si l'on regarde le nombre de pays concernés", a déclaré de son coté le porte-parole de la Croix-Rouge, Marie-Françoise Borel.
L'Onu envisage de lancer un appel d'urgence. Une réunion d'information était prévue, mardi à Genève, entre les gouvernements des pays donateurs, les pays victimes et les organisations de secours.
La catastrophe a aussi mis en évidence le fait que la région manquait d'un système d'alerte aux tsunamis qui aurait peut-être permis de minimiser les pertes. Un regret également formulé par l'ONU.
Le séisme a atteint une magnitude de 9 sur l'échelle ouverte de Richter, précipitant des murs d'eau sur des milliers de kilomètres de côtes.
"Nous parlons là de milliards de tonnes d'eau. a expliqué David Booth, sismologue à l'institut d'Edimbourg (Ecosse). Rien ne peut résister à cette pression".
Signe de la puissance exceptionnelle du phénomène, les vagues meurtrières sont parvenues jusqu'en Somalie, sur la côte est de l'Afrique, ou quarante corps de pêcheurs ont été retrouvés lundi. Soixante autres pêcheurs disparus étaient considérés comme morts.