je voudrais juste citer ce message que je viens de trouver sur le Monde et qui rejoint complètement mon analyse : je n'ai rien d'autre à rajouter :
Nous étions plusieurs amis, tous trentenaires, réunis hier soir autour d'un dîner pour suivre la soirée électorale. Quatre d'entre nous avaient voté pour François Bayrou. Et tous les quatre, nous avons fait le même constat : en dépit de notre sens civique, pour la première fois de notre vie, nous n'avons pas envie d'aller voter au deuxième tour.
Pourquoi ? Parce qu'il y avait justement une différence de fond, majeure, entre la candidature Bayrou et les autres. Voter Bayrou, c'était faire preuve d'une exigence démocratique, d'une conception de la politique basée sur le respect, l'écoute et le dialogue, le refus de la caricature et des promesses que l'on fait à toutes les catégories, tout en les sachant irréalistes. Basée sur la volonté de traiter les réels problèmes plutôt que de les contourner. C'était le choix d'une méthode qui consiste à convaincre par la pédagogie, plutôt que d'imposer et de diviser. C'était tenter de porter au pouvoir des hommes et des femmes intègres, qui sont restés tout au long de la campagne cohérents et fidèles à leurs principes humanistes, quand les autres modifiaient leur discours au jour le jour, afin de mieux caresser l'opinion dans le sens du poil, ou de couper l'herbe sous le pied d'un adversaire, montrant ainsi que leur seule vraie conviction est l'appétit du pouvoir.
Oui, une exigence démocratique, n'en déplaise à M. Colombani et à ses éditoriaux qui font se retourner dans sa tombe M. Beuve-Méry. Nous avons vu ce que donnait l'Etat UMP comme l'Etat PS : copinage, népotisme, démagogie, manipulations en tout genre, incapacité à relever les défis de la mondialisation, absence totale de pédagogie. Une pédagogie pourtant indispensable pour expliquer aux Français les évolutions du monde, les contraintes qui imposent des réformes difficiles, et même douloureuses, pour éviter le déclin et la faillite annoncée de notre modèle social, à un terme qui n'est plus très éloigné.
"NOUS N'AVONS PAS ÉTÉ ASSEZ NOMBREUX À VOULOIR METTRE FIN AU SYSTÈME"
Nous allons entendre, d'ici le 6 mai, un flot de belles paroles destinées à séduire. Une confrontation droite - gauche dans un esprit clanique, des discours basés sur la diabolisation de l'autre, une radicalisation du débat qui incitera à coup sûr aux messages simplificateurs, plutôt qu'au dialogue constructif et ouvert qu'aurait permis la présence de François Bayrou au second tour. Ce que M. Colombani appelait vendredi un "impératif démocratique" est en fait, pour moi, le contraire même de l'idéal démocratique.
Pour toutes ces raisons, il me paraît impossible, contraire au fondement même de mes convictions, de voter pour l'un ou l'autre des deux candidats qualifiés pour le second tour. Et ce constat me désole profondément.
Nous n'avons pas été assez nombreux à vouloir dépasser les clivages et mettre fin au système. Dommage. Mon espoir est maintenant que François Bayrou, après cette bataille perdue, poursuive le combat pour une démocratie moderne, respectueuse et exigeante, où chacun apprend à écouter et à accepter l'autre, plutôt que de chercher à triompher des autres.