N
Nessscafe
Guest
bon, plus personne n'écrit ?
allez, je balance un de mes textes (tout neuf, je l'ai écrit il y a 20 minutes). le reste est dans mon blog (cf. signature). :wink2:
Le supplice de la cantatrice
Elle entre sur scène sous les cris et les applaudissements. Joli monstre de cirque ondulant sur les planches telle une sirène dans des eaux noueuses, elle s’avance. Conquérra-t-elle son public ou achèvera-t-elle cette nuit sa carrière ? Le doute plane, comme à chaque fois et elle maudit sa gorge qui se noue, alors qu’elle devrait se déployer et s’élever, comme un ange déployant ses ailes cotonneuses et blanches avant de s’élever dans les airs, vers la lumière.
La main tendue, elle ferme les yeux, hume le silence qui règne à présent dans la salle. Elle sent l’impatience fébrile, entend leurs corps se tendre vers elle, à l’affût de cette première note. La première syllabe doit être parfaite, claire comme une eau de montagne et couler comme de l’or. Elle ne doit ni trembler ni se briser. Intacte et pure, nette comme un diamant.
La musique derrière elle amorce les premières vibrations et la peur monte d’un cran. Une boule se forme dans son ventre, plus que quelques secondes et son sort leur appartiendra. Aimeront-ils ? Toujours les mêmes doutes, toujours les mêmes questions. Elle sait qu’elle aura beau s’entraîner des heures durant, nuit après nuit, afin d’atteindre la perfection, jamais elle n’y arrivera. Pas même ce soir. Et pourtant, elle travaille, module sa voix, jouant d’octave en octave. Elle en pleure parfois, quand sa voix s’éraille note après note et qu’elle refuse d’être claire et haute. Elle perd le souffle et s’arrête exténuée, en larmes, tremblante.
Des années de travail, pis qu’une danseuse classique, elle a tout refusé pour parvenir à ce jour, ce soir. Sa vie ne se comptaient qu’en notes et musiques symphoniques, en heures de travail acharnée, de souffrances endurées et jamais, jamais de satisfaction. Et pourtant elle aimait, elle aimait entendre sa voix déchirer le silence et sa plainte se laisser porter par le vent.
Aucun homme, aucun enfant, aucun rire n’aura su la détourner de son but. Elle n’a jamais plié, jamais succombé, et aujourd’hui, elle se tient, raide et droite, respirant le plus lentement possible, tentant d’oublier la peur qui lui étreint les cotes de plus en plus.
Elle ouvre les yeux, ils sont toujours là, claquant des mains, un sourire extasié aux lèvres. Elle inspire profondément et ouvre la bouche.
Et de son rêve, il ne lui reste que des morceaux de verre répandus sur le sol, une bouteille vide sentant amèrement le brandy et elle, goguenarde et soule, entreprenant joyeusement de se trancher la gorge.
Et de son rêve, il ne reste plus qu’une gorge béante, ouverte telle une bouche ensanglantée, laissant échapper une mélodie silencieuse.
allez, je balance un de mes textes (tout neuf, je l'ai écrit il y a 20 minutes). le reste est dans mon blog (cf. signature). :wink2:
Le supplice de la cantatrice
Elle entre sur scène sous les cris et les applaudissements. Joli monstre de cirque ondulant sur les planches telle une sirène dans des eaux noueuses, elle s’avance. Conquérra-t-elle son public ou achèvera-t-elle cette nuit sa carrière ? Le doute plane, comme à chaque fois et elle maudit sa gorge qui se noue, alors qu’elle devrait se déployer et s’élever, comme un ange déployant ses ailes cotonneuses et blanches avant de s’élever dans les airs, vers la lumière.
La main tendue, elle ferme les yeux, hume le silence qui règne à présent dans la salle. Elle sent l’impatience fébrile, entend leurs corps se tendre vers elle, à l’affût de cette première note. La première syllabe doit être parfaite, claire comme une eau de montagne et couler comme de l’or. Elle ne doit ni trembler ni se briser. Intacte et pure, nette comme un diamant.
La musique derrière elle amorce les premières vibrations et la peur monte d’un cran. Une boule se forme dans son ventre, plus que quelques secondes et son sort leur appartiendra. Aimeront-ils ? Toujours les mêmes doutes, toujours les mêmes questions. Elle sait qu’elle aura beau s’entraîner des heures durant, nuit après nuit, afin d’atteindre la perfection, jamais elle n’y arrivera. Pas même ce soir. Et pourtant, elle travaille, module sa voix, jouant d’octave en octave. Elle en pleure parfois, quand sa voix s’éraille note après note et qu’elle refuse d’être claire et haute. Elle perd le souffle et s’arrête exténuée, en larmes, tremblante.
Des années de travail, pis qu’une danseuse classique, elle a tout refusé pour parvenir à ce jour, ce soir. Sa vie ne se comptaient qu’en notes et musiques symphoniques, en heures de travail acharnée, de souffrances endurées et jamais, jamais de satisfaction. Et pourtant elle aimait, elle aimait entendre sa voix déchirer le silence et sa plainte se laisser porter par le vent.
Aucun homme, aucun enfant, aucun rire n’aura su la détourner de son but. Elle n’a jamais plié, jamais succombé, et aujourd’hui, elle se tient, raide et droite, respirant le plus lentement possible, tentant d’oublier la peur qui lui étreint les cotes de plus en plus.
Elle ouvre les yeux, ils sont toujours là, claquant des mains, un sourire extasié aux lèvres. Elle inspire profondément et ouvre la bouche.
Et de son rêve, il ne lui reste que des morceaux de verre répandus sur le sol, une bouteille vide sentant amèrement le brandy et elle, goguenarde et soule, entreprenant joyeusement de se trancher la gorge.
Et de son rêve, il ne reste plus qu’une gorge béante, ouverte telle une bouche ensanglantée, laissant échapper une mélodie silencieuse.





