bon je me lance...
C'est une petite histoire écrite comme ça... Les noms de villes et de rues sont fictifs...
LE JOUR TANT ATTENDU
Tilly sortit de son immeuble à grands pas, le feu aux joues, essoufflée par les 5 étages qu’elle venait de descendre à la hâte, car l’ascenseur était en panne et que Tilly est pressée. Elle laissa la lourde porte de l’immeuble claquer derrière elle et respira un grand coup.
Pour une fois, dans cette ville inconnue, elle se sentait à l’aise, libérée et heureuse. Une nouvelle Tilly naissait, débarrassée de la terreur qu’elle subissait au quotidien. Elle commençait une nouvelle vie.
Elle déambula dans les rues de Penn Street, à la recherche d’une librairie.
Petite, brune, ordinaire, personne ne la remarquait, ici, à New York, à 9 heures du matin. Ici tout le monde courait presque, pour attraper son métro, arriver à l’heure au boulot ou bien pour échapper à quelque chose peut-être. Comme si les gens avaient une ombre qui les suivaient, ils avançaient raides comme des i, car s’ils se retournaient : la malchance leur tomberait dessus aussi sec.
Mais Tilly ne ressentait plus cette pression invisible, cette ombre qui pourtant a été pour ainsi dire son amie, pendant ses heures de douleur. Le regard voletant au loin, elle aperçut une librairie sur le trottoir d’en face. Elle se dirigea vers le passage pour piétons et s’ajouta à la foule qui attendait que le feu passe au rouge.
Le corps tremblant d’impatience, Tilly luttait contre l’envie de se jeter entre les voitures. Réussirait-elle à les éviter ? Il n’y avait qu’une seule façon de le savoir, non ?
Elle s’aventura prudemment, un pas, puis deux… Soudain une poigne la tira en arrière.
- Hé, mademoiselle ! Le feu est encore vert !
Tilly observa l’homme qui la scrutait avec inquiétude. Voulait-elle se suicider ou était-elle idiote ? Elle haussa les épaules et se détourna de lui.
Ce que l’on pouvait penser d’elle à présent ne l’importait plus. Elle était libre de marcher dans la rue, de lire en public, d’associer du rose bonbon et du vert pomme en une seule tenue. Libre de se jeter sous les roues d’une voiture si elle le voulait. Plus rien ne comptait à présent, à part ses désirs. Elle découvrait le plaisir de la liberté et de l’égoïsme...
Enfin le feu passa au vert. Tilly se rua au pas de course et traversa la voie double en bondissant. Elle s’approcha du stand de la librairie, parcourut les gros titres et...
Rien.
Ni le Times, ni le Weekly, aucun de ces torchons n’en parlait dans les gros titres !
C’était pourtant une information importante, ce qui lui arrivait, à Tilly ! Comment pouvaient-ils tous ignorer cela ?
De rage, elle s’empara d’un exemplaire du Times et le jeta par terre, espérant ainsi exprimer toute sa haine envers ses journalistes incompétents.
Elle se plaça sur le devant du trottoir et héla un taxi qui remontait Penn Street. Dans un crissement de pneu, le taxi fit une queue de poisson à une Mini Austin et vint se garder quasiment aux pieds de Tilly, sous un concert de klaxon.
Tilly ouvrit la portière arrière et s’installa sur la banquette. Le taxi empestait la vieille chaussette, mais Tilly garda son avis pour elle : tous les taxis de New York avaient la même odeur. Le chauffeur, un grand Noir au crâne rasé, se tourna vers elle :
- Alors, mam’zelle ? Où allons-nous ?
- A l’angle de la 15ème et de Broadway, lui indiqua la jeune femme.
- C’est parti !
Le chauffeur s’engagea sur la voie, avec tellement d’à-coups que Tilly faillit hurler de stupeur. Il s’avéra que le chauffeur, Steve O'Padell comme l’indiquait sa fiche d’identité à coté du volant, conduisait comme un fou à toutes vitesses. D’habitude, Tilly n’hésitait pas à demander au chauffeur de s’arrêter et à prendre un autre taxi. Mais aujourd’hui, Tilly était pressée.
10 minutes plus tard – au lieu de 25 en temps normal – le taxi pila devant la 15ème.
- On y est Ma’am ! beugla Steve. Ca vous fera 9 dollars et 50 cents.
Tilly lui tendit un billet de dix et sortit du taxi.
- Dites donc ! fit Steve dans son dos. 50 cents de pourboire, c’est pas génial ! J’vous ai fait gagner 15 minutes sur le trajet !
Tilly l’ignora et descendit la rue jusqu’au n° 27. Elle observa la devanture de l’immeuble. Il y avait une enseigne où était écrit en lettre de marbre : « Crématorium ». Arborant un sourire éclatant, elle poussa la porte d’entrée.
L’intérieur était sombre, peu décoré. Il y régnait une atmosphère froide et déplaisante, comme si les propriétaires étaient morts eux aussi.
Tilly eut un frisson. Dans quelques minutes, elle pourrait tirer un trait sur son passé.
- Bonjour ?
Elle sursauta et se tourna vers la jeune femme qui lui tendait la main. Tilly la serra en souriant.
- Bonjour, je viens pour une incinération. Enfin pour vous regarder incinérer quelqu’un ! dit-elle, en riant nerveusement.
L’hôtesse, habillée en noir, la regarda de haut en bas et son sourire pincé amorça une descente dangereuse. Tilly portait un chemisier rose et un pantalon beige, contrastant avec l’intérieur du crématorium.
- C’était un de vos proches ? demanda l’hôtesse.
- Oui et non, répondit Tilly énigmatique. Est-ce qu’on pourrait y aller ? J’ai hâte d’en finir !
L’hôtesse arqua un sourcil trop épilé pour manifester son étonnement, puis alla derrière son bureau.
- Vous ne m’avez pas dit le nom de la personne, madame, euh…
- Il s’agit de Mr Carson, Ryan Carson. C’était mon mari.
FIN
Voilou... c'est complètement différent du style de Missadeline, j'ai écrit ça un après-midi au boulot où je m'ennuyais
