"la vie est courte, la vie est courte, faut profitez de la vie, vite, vite, vite, c'est court, faut qu'on en profite"
Vous avez que ça à la bouche ou quoi ?! Vous êtes des optimistes de comptoir qui s’affolent de la brièveté de la vie et se servent de son caractère instable pour justifier la couleur rose d’un présent gris, qui légitiment toutes expériences jouissives ou non sous prétexte qu’il faut savoir profiter avant l’arrivée du Drame, et rien que pour ça, je vais prendre le temps d'écrire plus qu'un aphorisme pour expliquer respectivement aux premiers qu'ils sont daltoniens et de conseiller aux seconds d'aller se faire foutre par un dromadaire.
Lorsque sera venue votre Heure, vous ne ferez pas la somme des plaisirs et des douleurs que vous avez vécue dans votre vie. Vous ne serez pas dans une prison à regarder les autres vivre en regrettant de ne pas avoir connu telle ou telle chose. Vous perdrez la mémoire, et avec elle, vous vous perdrez vous même. Se donner des raisons subjectives de vivre, c'est le meilleur moyen de s'en donner de se suicider, si peu qu'on soit incapable de les réaliser. Il s'agit d'abord et avant tout de se rendre compte que la souffrance est intrinsèque à l'individu, en plus de pouvoir être causée par des phénomènes extérieurs. Le plaisir ne vient qu'après la douleur et jamais avant. Je prends plus mon pied à voir le ciel bleu après en être privé depuis plusieurs jours qu'en sortant de chez moi. Le plaisir de boire un verre de coca nait de la souffrance d'avoir soif. Le plaisir de revoir un ami perdu de vu vient de la souffrance rétroactive du manque dû à son absence. Le plaisir n'a rien de positif, c'est le pont entre deux souffrances, c'est la fin d'une souffrance. Comprenez Dukkha, disent les bouddhistes. Avant d'avoir peur de la mort, faudrait peut être avoir peur de la vie. Le problème vient de la naissance et la seule problématique universelle qui vaille est plutôt : comment perdre mon temps de la façon qui m'est la moins désagréable possible ?
La vie a t-elle un sens ? Seulement si vous croyez en Dieu. Je ne tolère pour optimiste que les croyants. Les autres sont les fanatiques du Devenir, premier fléau vital, aveuglés par la mesure quantifiable de l'Avoir et de la Consommation. Qu'est ce que le Devenir ? La croyance originelle, l'essence même de la machine vitale; Celle qui pousse à croire qu'il est possible de changer, de passer d'un état A à un état B. Voila ce qui nous pousse à vivre. L'espoir du changement. L'espoir, déjà, ça montre bien qu'actuellement on en chie. Quand la boite de Pandore fut ouverte, tous les maux se sont répandus dans le monde. Le seul bien qui restait quand elle fut refermée, c'était l'Espoir, l'Espoir pour encaisser tout le reste.
La vie ne fait que de se répéter, encore et encore, elle se marre, et elle se fout de notre gueule ! Il faut manger ! Pourquoi ? Pour vivre ! Et demain ? Il faut manger ! Pourquoi ? Pour vivre encore ! Vivre pour vivre n'a aucun sens. Donner une pièce au mendiant aujourd'hui, vous êtes responsable de sa faim de demain ! Vous avez jamais observez un poisson dans un bocal ? C'est quoi son but à lui ? Subsister ! On subsiste sans raison légitime de subsister ! C'est triste mais c'est comme ça. L'individu s'immortalise dans l'Espèce. Le Devenir laisse sa place à l'Etre, et quand vous l'avez compris de façon intuitive, vous commencez par vous ennuyer, un véritable ennui, un ennui métaphysique. La nature est mécanique, pas finaliste. Elle fait tout sans raison, et pour nous, êtres doués de raison, c'est impardonnable ! C'est un défi indéchiffrable !!!
De ce que j'ai pu voir, les gens qui témoignent de leur amour pour la vie cachent souvent en eux une peur proportionnelle de la mort. Le jour où l'on est agonisant, on devrait se souvenir que la vie n'est qu'un gaspillage de temps, et que perdre 30, 40, ou 60 années de sa vie, reviendrait à les économiser, donc à les gagner. Vous avez peur à l'idée que le monde continue de tourner sans vous ?! Mais personnellement, il a tourné sans moi des milliers d'années et je m'en suis très bien passé.
Qu'est ce qui permet de mesurer la valeur d'un individu ? Certainement pas ses diplômes ni son statut social, merde en boîte tout ça ! Tu peux pisser dessus quand il s'agit de regarder les gens d'une manière équanime. Ce n'est pas non plus s'il est poli, intelligent, bête, ou qu'il a un sens moral prononcé. Ce qui fait la valeur d'un individu, c'est la souffrance qu'il a enduré et surmonté, c'est sa détermination, et ce sourire qui signifie : "viens me frapper petite pute, je t'attends !" Plus tu souffres, plus t'es proche de la quintessence vitale, la souffrance est le seul professeur qui soit digne d'être écouté. Malheureusement frôler la mort ne fait que donner de la valeur à la vie, et non du sens...
Smart, tu veux évoluer progressivement, commence par lâcher la politique, cette distraction débile de la plèbe, puis après la culture aussi, cette distraction méprisante des patriciens. Dans un sens conventionnel, si tu veux donner un sens à ta vie, il faut oublier le Bonheur ! Ca n'a rien à voir !!! Il n'y a que les indigents d'esprit qui cherchent le Bonheur. Oublie cette chimère, et toutes ces revues psycho de merde qui disent comment le trouver, tous ces proverbes zen à la con, toutes ces recettes magiques ! Si le bonheur existait, l'ennui n'existerait pas. Il serait mathématisé depuis longtemps et on l'enseignerait dès l'école primaire. Le Sens n'a rien à voir ni avec le bien, le mal, le bon, le mauvais, le plaisir ou la douleur. Il vise un but qui ne s'inscrit pas dans la durée ! Une fois réalisée, t'es bonne pour mourir et peu importe que t'es 15, 30 ou 80 ans. Le Sens doit dépasser ta vie personnelle, il vise quelque chose de bien plus intégral et objectif que ta simple individualité.