PARIS (Reuters) - Le premier conflit social d'envergure de la présidence Sarkozy, engagé sur la réforme des régimes spéciaux de retraite avec grèves à la SNCF et à la RATP, se prolonge et risque de s'étendre au-delà du week-end.
Entamé mercredi, il porte en lui le risque pour le pouvoir exécutif de faire tache d'huile, une jonction étant désormais possible avec la journée d'action dans la fonction publique, mardi, pour la défense de l'emploi et du pouvoir d'achat.
S'y ajoute le mouvement de contestation dans les universités contre la loi d'autonomie avec une trentaine de campus perturbés à travers le pays.
En dépit d'une baisse du nombre de grévistes tant à la SNCF qu'à la RATP, la tendance était à la reconduction de la grève pour 24 heures sur le réseau ferré et jusqu'à lundi dans les transports parisiens, selon des syndicats.
Seule la fédération CFDT des cheminots, minoritaire à la SNCF, a appelé à la suspension de la grève, tout en exigeant du gouvernement l'ouverture immédiate de négociations tripartites.
Le gouvernement conditionne toujours l'ouverture de telles négociations à un appel à la suspension de la grève des organisations syndicales.
A l'Elysée, où l'on estime que la grève n'a plus de raison de se poursuivre, une réunion pour faire le point s'est tenue autour de Nicolas Sarkozy.
Y participaient le Premier ministre, François Fillon, Michèle Alliot-Marie (Intérieur), Xavier Bertrand (Travail), Dominique Bussereau (Transports) et les dirigeants de la SNCF, de la RATP, d'EDF et de GDF.
Nicolas Sarkozy et François Fillon ont demandé au ministre du Travail de "poursuivre ses efforts" - sans plus de précisions - pour permettre une reprise du travail à la SNCF et à la RATP "dans le respect des principes d'harmonisation de la réforme".
Sur le terrain, cheminots et agents de la RATP renâclent et bloquent parfois les voies pour empêcher des départs de trains, des "exactions" condamnées par la SNCF et le gouvernement.
"On demande une première réunion pour apprécier les évolutions. Il n'est pas question de déposer un chèque en blanc sur la table", a expliqué un délégué CGT à Marseille, Daniel Tourlan.
WEEK-END DE PERTURBATIONS
Xavier Bertrand estime avoir fait un signe de bonne volonté en adressant aux syndicats une lettre de méthode qui "correspond exactement à ce qui a été demandé" pour suspendre le conflit.
"Donc, j'attends tout simplement que l'on fasse ce qui m'a été dit dans mon bureau, à savoir que l'on appelle à la suspension du conflit", a-t-il dit au micro de RTL.
A la RATP, le taux de participation à la grève s'établissait à 23,3%, contre 27,2% jeudi, selon la direction de l'entreprise. Mercredi, le pourcentage de grévistes était de 44%.
Pour samedi, la RATP prévoit un trafic toujours très perturbé, avec 2 trains sur 3 en moyenne sur la ligne 1 (contre 1 sur 2 la veille) et 1 train sur 5 sur les autres lignes, sauf sur la 14 automatisée, qui fonctionne normalement.
Les lignes A et B du RER resteront "fortement perturbées" et les bus et tramways devraient circuler à 40%.
A la SNCF, le taux de participation à la grève s'élevait à 32,2%, contre 42,8% jeudi, selon la direction de l'entreprise. Le 14 novembre, le pourcentage de grévistes était de 61,5%.
"Nous constatons pour le deuxième jour consécutif une reprise significative du travail", dit la SNCF. "Plus des deux tiers des cheminots sont à leur poste de travail."
Cette reprise ne s'est cependant pas traduite par un déblocage du trafic, toujours fortement perturbé.
La SNCF a dénoncé les actions de cheminots grévistes qui ont empêché ou perturbé le départ de trains dans des gares d'Ile-de-France et de province, comme à Paris Saint-Lazare, Val d'Argenteuil, Lille, Château-Thierry, Sarreguemines, Saint-Quentin ou Bordeaux.
Le secrétaire général de la fédération CGT des cheminots, Didier le Reste, s'est dit surpris par le refus du gouvernement d'ouvrir des négociations tant que la grève continue.
"Je suis un peu interloqué quand je vois que les représentants du gouvernement passent leur temps à encenser la nécessité du dialogue social : 'on est à l'écoute, la porte est ouverte', disent-ils", a-t-il commenté sur France Info. "Et là, on refuse brutalement de négocier, ce n'est pas très sérieux."
Il a nié que les syndicats soient dépassés par la base, qui ne se satisfait apparemment pas des modalités des négociations tripartites (Etat-syndicats-entreprise) proposées par le ministre dans la lettre qu'il leur a transmise mercredi.
Au nombre des propositions mises sur la table par la SNCF figurent la suppression de la clause de mise à la retraite d'office, des augmentations salariales pour les agents travaillant au-delà de 55 ans, une meilleure prise en compte de la pénibilité.
Xavier Bertrand a donné un mois pour négocier par entreprise ou par branche. Passé ce délai, "les textes réglementaires relatifs à la réforme des différents régimes spéciaux seront rendus publics, puis publiés", dit-il dans sa lettre.
Le gouvernement refuse de transiger sur trois principes : allongement progressif de la durée de cotisation de 37,5 à 40 annuités d'ici à 2012, indexation des pensions sur les prix et non plus les salaires, système de la "décote", qui implique qu'un agent travaillant moins de 40 ans voie sa pension amputée.