"Au plus profond de l'obscurité" Suite (inachevée à ce jour)
Chapitre 4
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En cette matinée inquiétante, un trafic dense occupait les rues de San Antonia. Ma voiture de fonction progressait difficilement à travers cet enchevêtrement de véhicules issus de tout horizon.
Je jetais un rapide coup d’œil à ma montre. Celle-ci m’avait été offerte par Sam plusieurs années auparavant, à l’occasion de la remise des diplômes. Un des seuls vestiges de cette lointaine époque qui témoignait encore de l’existence du lien invisible qui me liait à mon équipier.
A mesure que nous nous éloignions du tapage urbain, notre regard prenait une nouvelle dimension ; nos sens s’offraient à la froideur de cet hiver et nous nous enivrions de son odeur.
Des paysages variés se succédaient à travers le reflet de mon rétroviseur. Le sol se parait d’un épais tapis de feuilles aux couleurs automnales. Les arbres dépourvus de leurs atours semblaient guetter la fin de cet hiver qui n’en finissait plus.
Notre traversée s’éternisa pendant un peu plus de trois heures. Je conduisais désormais à une allure convenable pendant que Sam récupérait paisiblement sur le siége avant.
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Greenwich Valley, au premier abord, apparaissait d’une beauté saisissante. Au cœur des collines, la cité se révélait vêtu de son plus bel apparat. J’étais fasciné par le panorama qui s’offrait à mon regard médusé. Je ne pouvais croire que ce site dissimulait sous ses airs angéliques une sinistre vérité.
Sam émit un faible grognement, il redressa son dossier et m’adressa un regard émerveillé :
- Sommes-nous déjà au paradis Richie ?
Son innocence me séduisait. Ses réactions étaient parfois tellement désarçonnantes que je mettais souvent cela sur le compte de sa trop grande douceur d’âme. A défaut de policier il aurait fait je le pense, un formidable ecclésiastique.
- Oui, au paradis des soucis...
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Je désignais de mes longues phalanges la boîte à gants qui recelait le plan de la cité maudite.
Sam me comprit sans que j’eu le besoin de m’exprimer. Mutuellement nous saisissions, sans nous concerter le moindre du monde, le sens de nos regards complices.
Il examina un bref instant le contenu de la carte et m’indiqua l’itinéraire à suivre avec une facilité déconcertante. J’admirais son côté méthodique et minutieux mais je l’enviais car il incarnait à mes yeux l’absolue perfection que je ne serais jamais.
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La morgue était située au plus profond d’un endroit isolé afin sans doute, de dissimuler aux yeux des voyageurs le côté obscur de cet havre de paix.
L’astre suprême scintillait de mille feux et arborait des reflets aux nuances flamboyantes. On pouvait dénoter un contraste saisissant entre l’extérieur et l’intérieur de cet édifice mortuaire.
Au sein de ce bâtiment, les couloirs étaient plongés dans la pénombre. Des relents de chair en décomposition flottaient dans l’atmosphère ; tout n’était que désolation.
Soudain une porte s’ouvrit, une jeune femme apeurée issue de l’au-delà se présenta à nous.
- Qui. . . êtes vous ? Que. . . faites vous ici ? balbutia t-elle.
Ce manque d’assurance me surprit. Elle travaillait aux frontières de la mort continuellement mais elle redoutait la présence des êtres vivants ; ce qui était je l’avoue quelque peu désopilant.
- Mademoiselle Kelly COOPER, je suppose ? lui dis-je en lui tendant ma plaque de police. Je suis l’Inspecteur HARRIS et voici mon collègue Sam WITNESS ; nous enquêtons sur le décès de Emma TOWN.
- Veuillez m’excuser, je vous prie, mais vous savez, je n’ais guère le privilège de côtoyer des « vivants » sur mon lieu de travail, dit-elle en souriant de sa méfiance. Mes copains de chambrée sont en général assez silencieux, reprit-elle.
- A part les morts vivants... répliqua candidement Sam.
Je lui décochais un regard sévère en lui faisant signe de remettre son humour noir à plus tard.
- Voilà nous sommes quittes. . . Pardonnez-lui mais son ironie lui permet d’extérioriser ses angoisses, répondit-je en glissant sensuellement ma main dans mon opulente chevelure brune.
Elle nous fit signe de la suivre et nous conduisit vers son bureau.
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- Asseyez-vous, nous serons beaucoup plus à l’aise pour discuter de cette affaire ; dit-elle en désignant les fauteuils qui se trouvaient devant elle.
Nous la dévisagions tous deux. Kelly le ressentit et rougit. Elle se sentait à la fois flattée et gênée par notre intérêt soudain envers ses formes plus qu’avantageuses.
Elle était vraiment très attirante dans son tailleur sombre qui soulignait la perfection de sa silhouette. Elle ne semblait pas consciente de sa séduction naturelle et ne semblait guère prendre le temps de s’occuper d’elle ; quel gâchis pensais-je intérieurement.
- La victime était âgée de 18 ans, reprit-elle. C’était d’après mes sources une jeune fille sans histoire, elle poursuivait de brillantes études de droit ; Ce devait être sa dernière année à l’université...
Elle semble avoir perdue la vie aux alentours de minuit, mais son corps n’a été découvert que vers approximativement 3 heures du matin par sa colocataire, conclue-t-elle d’une mine déconfite.
Mademoiselle COOPER se dirigea vers un brancard et nous somma d’en faire de même. Elle souleva un linceul d’une blancheur immaculée afin de dévoiler le corps sans vie de Emma TOWN.
Puis elle ajouta en s’adressant à moi :
- L’adolescente devait être dans sa baignoire depuis un certain temps. Son agresseur a tout d’abord lacéré son corps de brefs coups de poignards puis il a répandu de l’acide sur son visage d’ange ; la victime, à ce moment-là, n’était pas encore morte. . .
- Mon Dieu... s’exclama WITNESS en secouant machinalement sa tête.
Le médecin légiste posa une main pâle sur son front :
- Effectivement, l’assassin devait sacrément lui en vouloir pour s’acharner de la sorte sur un être sans défense ; en quinze ans de carrière je n’ais jamais vu un corps dans un tel état de décrépitude, répondit-t-elle la voix brisée.
Je croisais mes mains sur mon torse :
- Auriez-vous remarqué sur le corps, un élément susceptible de nous aider ? Lui demandais-je sans prêter attention à Sam.
Kelly marqua un instant de réflexion :
- Un étrange sigle était gravé sur la peau d’Emma ; une sorte de tatouage rouge illisible ; une sorte d’étoile si je puis dire.
Elle mit la main dans sa blouse et en ressortit une photo :
- Tenait, si cela peut vous aider à retrouver, le responsable de cette ignominie, je ne puis que collaborer ; dit-elle en me la tendant.
Mademoiselle COOPER rabattit d’un geste solennel le drap.
Je glissais le cliché à l’intérieur de mon veston.
- Je vous remercie sincèrement pour votre collaboration, répondis-je avec un sourire qui se voulait discret. Si jamais un élément, même le plus insignifiant, vous revenez à l’esprit, contactez nous ; dis-je en lui glissant mon numéro de téléphone portable.
- Vous pouvez compter sur moi, dit-elle en nous regardant nous éloigner vers la sortie.
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Sam me regardait fixement. La mine accablée, il laissa échapper un soupir qui en disait long sur son état d’esprit actuel.
- Putain ! Dit-il enfin, après d’interminables secondes de silence. Elle avait la vie devant elle ; ce n’était qu’une gosse après tout.
Je posais un bras qui se voulait réconfortant sur son épaule crispée :
- Je comprends tout à fait ta réaction, mais ne sois pas si excessif, ce n’est qu’un cas parmi tant d’autres, dis-je en lui empoignant le bras.
- Richie, tu es la personne la plus insensible que je connaisse, me répliqua t-il en levant ses bras au ciel. Quand comprendras-tu que le fait d’éprouver de l’émotion n’alterne en rien ta virilité. . .
- Conduis et ferme-la pour une fois Sam ! Lui ordonnais-je d’un ton intransigeant.
Chapitre 5
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Un opulent massif de fleurs recouvrait la magnifique pelouse verdoyante de la faculté. Un gigantesque bâtiment se présenta à nous. L’architecture qui alliait divers styles était d’une étrange rareté et donnait l’impression d’appartenir à une structure irréelle.
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Un homme à l’allure sévère et impartiale vint à notre rencontre. Il portait un costume austère et se pavanait les mains sur les hanches. Sa veste ornée de médailles de toute sorte récompensaient le mérite de cet homme dévoué corps et âme à la nouvelle génération.
Il me scruta d’un regard interrogateur :
- Inspecteur HARRIS, je suppose, dit-il en ignorant la présence de Sam à mes côtés. Monsieur NORRISSON nous a fait part de votre visite au sein de nos locaux.
- Enchanté de vous connaître Monsieur ?
- Excusez-moi de mon manque total de savoir vivre. Monsieur SNYDER, doyen de cette faculté pour vous servir.
- Heureux de faire votre connaissance. Nous enquêtons en effet sur...
Monsieur SNYDER me lança un regard inquisiteur :
- Silence ! exigea t-il. Cette affaire ne doit pas venir s’ébruiter aux oreilles de nos illustres donateurs. Soyez discret, le moindre écart pouvant entraîner de graves conséquences sur la renommée de Greenwich Valley. Nous, nous devons d’épargner nos concitoyens.
- Plutôt leur portefeuille, répliqua Sam d’un ton sarcastique.
Sam ne savait donc pas se taire. Il usait à tort de son ironie. Heureusement, que Monsieur SNYDER n’avait pas relevé l’allusion pour le moins apparente de mon coéquipier. Au fond, Sam n’avait pas tort, mais ses commentaires devaient rester de simples pensées.
- Rassurez-vous Monsieur, nous ferons de notre mieux pour ne pas attenter à la tranquillité de la population.
Le vieil homme nous indiqua l’itinéraire qu’il nous fallait suivre pour rejoindre notre hôtel avant la nuit.
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Jadis, un ancien palace, celui-ci se trouvait désormais dans un état de délabrement pour le moins avancé. Surplombant majestueusement une immense falaise aux pointes aiguisées, il s’offrait intentionnellement au néant. Le brouillard de son épais manteau submergeait de son sinistre aura le paysage environnant. Ce lieu portait en ses racines l’empreinte de la désolation et de l’isolement.
Nous nous sentions étrangers en territoire inconnu. Les regards des résidents trahissaient le fond de leurs pensées. Ils ne souhaitaient pas collaborer avec des représentants de l’autorité et nous le ressentions fortement au plus profond de notre être. Ces âmes ne communiquaient qu’entre eux et ne quittaient que très rarement le cercle trés fermé de l’élite. Nous demeurions seuls face à l’adversité.
Le gérant nous avait remit les clefs de la chambre la plus sordide de l’établissement. Le confort était sommaire, il n’y avait qu’un seul lit et celui-ci était parsemé d’une quantité prodigieuse de poussières. Un minuscule fauteuil se trouvait prés de l’embrasure de la porte d’entrée.
On tira à la courte paille et je remportai le privilège de reposer mes membres sur une literie de pacotille. Sam contrairement à son habitude plongea dans les bras de Morphée sans trop de protestations et j’en fis de même quelques instants plus tard...